« Crains Dieu » en « Enfer », au Togo.

Témoignage d’un frère togolais dans le village Awlimé, par Daniel Neuhaus.

Octobre 2015

Un ordre de mission étrange mais irrésistible...

Lors d’une récente visite d’écoles et d’églises au Togo, j’ai rencontré un frère en Christ et pasteur appelé Douho K.D. Von-Mawu DZOGBENYUIE, qui signifie « Crains Dieu » en éwé, la langue nationale togolaise. Il m’a partagé ce qui suit :

 « Jusqu’en 2005, j’étais un homme d’affaires à Lomé, la capitale, investi dans l’informatique et les caméras de surveillance. Pour des raisons professionnelles, je devais effectuer un séjour aux Etats-Unis. Ayant déposé ma demande de visa et connaissant personnellement le Consul, j’étais sûr que ma demande allait aboutir. A ma grande surprise, ce dernier fut muté et le nouveau Consul me refusa l’entrée aux USA en décembre 2005. J’en étais perplexe et je priais. Dieu me fit savoir qu’Il m’envoyait vers le sud-ouest du Togo, dans un village appelé Awlimé, qui signifie Enfer en langue locale !

Ce village est situé vers l’intérieur du pays, à 15 km de la principale route goudronnée et à env. 40 km de la ville de Kpalimé (Centre Sud-Ouest). J’avais entendu parler de ce village car un dicton dit : « Ne passez jamais seul à Awlimé (Enfer) ! » En effet, nombreuses sont les personnes qui y disparaissent. Ce village était seulement accessible par des sentiers et des pistes, aucune voiture n’y accédait et les rares personnes étrangères au village ont la fâcheuse tendance de disparaître sans laisser de traces. Je n’avais donc pas du tout envie d’obéir au Seigneur en me rendant là-bas.

Mais en l’espace de deux ans, mon entreprise avait tellement périclité que j’y ai vu la main du Seigneur me poussant vers la mort si je continuais à Lui désobéir. Toutes les autres tentatives d’affaires échouèrent et j’accumulai des dettes. J’ai vendu presque tous mes biens : voitures, terrains, matériel de maison etc. Gravement malade et transféré à l’hôpital, je sentais la mort venir… De là, j’ai dit « oui » au Seigneur en janvier 2007. Avec deux entreprises en faillite, la vie était devenue compliquée ! J’ai alors débuté l’école biblique le mois suivant (février) tout en me rendant quelquefois à Awlimé pour des études de terrain. En octobre 2007, avec ma femme (enceinte) et mes deux enfants, nous avons déménagé dans ce village de sinistre réputation. Il n’y avait aucune église dans les environs et plus de 50 villages sans aucun témoignage chrétien. A cause de l’idolâtrie et le fétichisme, toutes les familles sont vouées à Satan. Il n’y avait pas d’école, ni de dispensaire, ni d’eau potable, ni d’électricité, ni de bonne route. « Quel « enfer » Seigneur ! » disions-nous. Chaque fois que je priais, le Seigneur répondait : « Va, reste au village, je t’ai choisi pour sauver ce peuple afin qu’il retrouve la VIE ».

A pied d'oeuvre

Les premiers mois étaient vraiment pénibles. Pour sauver nos têtes, nous veillions à mener une vie exemplaire afin de n’offenser personne. Soignant les malades en offrant gratuitement quelques comprimés de médicaments, pansant les plaies, faisant des jeux avec les enfants, prodiguant des conseils lors de conflits. Bref, nous nous investissions dans la santé, l’éducation, les formations aux paysans et surtout dans l’assistance aux enfants en difficulté. Peu de temps après, nous fûmes acceptés par certains mais pas par d’autres. Pour être couverts par l’Etat et éliminer les soupçons, nous avons créé une association humanitaire nommée : « SECOURS  ET VIE » ayant pour crédo  « Sauvé pour sauver ».   

Il y avait là un certain nombre d’enfants nus et laissés pour compte, appelés  les « enfants des idoles ». En effet, les femmes stériles avaient recours à des pratiques fétichistes ; les enfants issus de ces sorcelleries appartenaient aux démons. Les accouchements se faisaient traditionnellement à domicile. Dans un passé pas si lointain, les enfants des idoles étaient sacrifiés aux démons. On faisait peu de cas de ces jeunes maudits ; mais Dieu avait Son plan. Je me mis alors à évangéliser le village et quelques personnes répondirent positivement. Les enfants étaient également réceptifs. Mais lors d’une distribution d’habits usagés, ces derniers furent empêchés d’en profiter. Il fallait marquer leur différence. Ils ne se lavaient pas, n’avaient aucune hygiène dentaire,  ne se peignaient jamais les cheveux ; ils étaient laissés pour compte et totalement rejetés, car maudits aux yeux de la société. Mais je savais que les pierres rejetées par les hommes peuvent être choisies et devenir utiles pour Dieu.

Changement de destinée pour tout un village et une région !

Sortant d’Awlimé pour évangéliser les autres villages des alentours, nous avons été plusieurs fois persécutés car les populations avaient découvert que nous étions des serviteurs de Dieu (leurs ennemis). Trois fois de suite, ils ont tenté de m’empoisonner, deux fois des machettes ont été dégainées pour me décapiter. Une fois, après une campagne d’évangélisation dans un des villages, nous étions un groupe de huit personnes fatiguées et couchées dans notre bus ; à une heure du matin, ils ont mis le feu à notre réservoir d’essence. A diverses reprises, les féticheurs se réunirent pour comploter à notre sujet. Nous priions beaucoup. Heureusement, et à plusieurs reprises, j’ai été divinement averti de ce qui allait m’arriver le jour suivant. Voyant l’ampleur des menaces, j’ai dû évacuer ma famille à Lomé pendant un certain temps et rester seul dans cette contrée. Mais notre Seigneur est bon et fidèle. Il est vraiment Dieu. Après tant d’opposition, plusieurs de nos persécuteurs ont fini par confesser que notre Jésus est le vrai Dieu. Un très grand changement se produisit peu à peu dans ce milieu, et la peur fut vaincue. Nous avons donné un nouveau nom à ce village d’Awlimé : « Refuge ». C’est ainsi que nous avons mis en place des réunions régulières pour ces enfants très particuliers et que nous les avons accueillis. Dès lors, ils eurent le même traitement que les autres.

Par la grâce de Dieu, depuis 8 ans, plus de 30 villages ont été évangélisés avec 18 églises implantées. Un centre de développement fut alors créé dans ce village d’Awlimé,  avec un dispensaire (qui pratique même les accouchements), un atelier d’apprentissage de couture, une école chrétienne de 106 élèves au niveau primaire et un atelier offrant diverses formations. Toutes les dépenses concernant cette école sont à notre charge. Faute de moyens, ces enfants mal nourris chez eux ne reçoivent de notre part qu’un seul repas par semaine. Ce que nous payons mensuellement à nos 4 enseignants est très insuffisant. Comment ferons-nous cette année pour les encourager ? Là est notre grand souci et prière puisque l’école au Togo a débuté le 28 septembre. Que le Seigneur vienne à notre secours pour pouvoir payer nos enseignants mensuellement au moins le SMIG togolais, soit environ 35.000 FCFA (70 Dollars ou 53 Euros) sur toute l’année.

 « Je ne comprends pas la Providence divine, mais Dieu a été fidèle jusqu’à ce jour et le restera. Je me suis personnellement engagé devant Dieu après la formation de Kpalimé (16 oct.) à faire des enfants de notre école évangélique "ABRI de DIEU" à Ephrata une école différente où les enfants y entreront païens mais en sortiront comme des disciples de Christ. Pour cela, il faut nécessairement ouvrir le collège l’an prochain. Cependant, je ne sais pas encore comment. Que Dieu nous aide à affermir Ses enfants dans le Seigneur  pour sa Gloire. Ensemble,  prions. C’est très urgent. 

Je vous remercie d’être venu au Togo, votre conférence m’a beaucoup encouragé et enrichi ! Voulez-vous nous soutenir dans la prière ? »

Von-Mawu DZOGBENYUIE dans ce village d’Awlimé 

Note : Si vous désirez soutenir financièrement le ministère du frère Von-Mawu, vous pouvez le faire par notre intermédiaire.