Éducation chrétienne et instruction civique

Qu’est-ce qui suscite une bonne citoyenneté démocratique ? Spécialistes et leaders public mettent particulièrement en avant deux aspects : d’une part les sociétés ont la responsabilité d’entreprendre des actions dans ce but, et d’autre part ces actions seront d’autant plus efficaces qu’elles cibleront les jeunes avant le passage à l’âge adulte.

Article du magazine CSE (2013/2014), vol.17 n°2, p.6.
Traduction et adaptation de l’anglais par Christiane HEGE et Sonja NEUHAUS.

Par Kevin R. den Dulk

Sommaire

• Société civile et formation de bons citoyens

• Les écoles chrétiennes, serres de la démocratie

• Plaidoyer pour l'instruction civique dans les écoles chrétiennes

 

Introduction

Les politologues soulignent souvent que les démocraties sont représentatives de leurs citoyens. Leur raisonnement est strict. La démocratie est gérée par, pour et en fonction du "peuple". C'est pourquoi, les saines démocraties supposent avoir des gens prêts à gouverner. Cette affirmation semble une évidence dans l'absolu, elle n'en demeure pas moins difficile à mettre en place et les retours sur investissements restent flous. On observe cela en particulier dans les pays passant du totalitarisme à la démocratie, où des gens ordinaires sont confrontés, pour la première fois, à la fois aux privilèges et aux responsabilités intimidantes de la prise de décision personnelle. Nous en avons des exemples flagrants au Moyen Orient, en Asie de l'Est ou en Afrique. Cependant, même nos démocraties plutôt stables en Occident vivent des tensions perpétuelles au sein de la vie civile. Les sociologues observent non sans crainte que les normes démocratiques qui ont été les nôtres durant longtemps sont en train de s’éroder, voire de diminuer drastiquement.

Ces tendances soulèvent une question : qu'est-ce qui suscite une bonne citoyenneté démocratique ? Ces dernières décennies, spécialistes et leaders publics se sont penchés sur la question. Leurs réponses ont été diverses et variées, en partie à cause des différentes définitions que l’on peut donner d’une bonne citoyenneté. Néanmoins, ils sont unanimes sur ces deux aspects : pour favoriser une bonne citoyenneté, les sociétés peuvent entreprendre des actions efficaces, surtout en ciblant les jeunes avant le passage de l'adolescence à l'âge adulte.

Il n'est pas étonnant que nous regardions souvent à la jeunesse pour prendre la température de la santé du corps politique. L’énergie et l’engagement généreux de nos jeunes nous donnent des opportunités, et même de l’espoir pour nos communautés. Qui plus est, les sociologues soulignent à quel point les expériences dans l'adolescence façonnent l'engagement social de l'adulte. Que ces faits nous encouragent à connecter nos jeunes à leur communauté et à favoriser leur participation. Nous tous, responsables, enseignants, parents, pasteurs et camarades pouvons contribuer à impacter ces jeunes pendant leurs années de croissance et de formation pour qu'une fois adultes ils aient un réel impact citoyen, et à long terme !

Cependant, partout dans le monde, la jeunesse actuelle est confrontée à d'énormes problèmes avant même de pouvoir jouer un quelconque rôle public. Nombre de jeunes côtoient des mauvais leaders et des conducteurs corrompus, découvrent des dirigeants dominateurs, des institutions irresponsables ou perverses (y compris dans les écoles), la violence dans leur entourage et la pénurie d’emplois de plus en plus angoissante. Bien sûr, tous ne vivent pas les mêmes défis à la même échelle, selon les lieux. Toutefois, même les sociétés avec peu de difficultés économiques ou politiques relèvent des signes troublants parmi leurs jeunes (…)
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 Société civile et formation de bons citoyens

Comment relever de tels défis ? Nous savons qu'un adolescent exclu, désengagé ou au comportement social anormal peut développer les mêmes défauts une fois adulte ; au contraire d’un enfant qui jouit de relations sociales étendues, avec des modèles d'engagement social et des occasions de mises en pratique. Celui-ci va rapidement mûrir dans un engagement civique productif. Former des citoyens consiste donc en partie à créer des occasions de développement de ce sens civique.   

Cela conduit au corollaire de l'adage "La démocratie est le reflet de ses citoyens", à savoir : "Les citoyens sont le reflet de la société civile." Laquelle est un ensemble d'associations de bénévoles et d'organisations qui se situent entre l'individu et l'Etat et qui fonctionne comme une serre (pépinière) pour produire les qualités que nous souhaitons voir se développer dans les citoyens de la démocratie. En tant que bénévoles, par exemple pour une association ou pour une église locale, les participants acquièrent des connaissances et des capacités nécessaires (par exemple en responsabilité, en communication, en gestion financière etc.) pour bien fonctionner dans la vie publique. Dans ce contexte d’activités de bénévolat, ils cultivent des dispositions civiques essentielles telles que la tolérance, la confiance réciproque et le respect des lois. Peut-être même qu’ils constateront que leur engagement a de l'importance, produisant encore plus d'investissement, de don de soi, d’engagement dans les votations ou toute autre forme de participation à la vie publique. La citoyenneté démocratique est pleinement vécue et visible lorsque tous ces éléments sont présents. De manière générale, plus tôt on y travaillera avec notre jeunesse, meilleure sera la vie civique par la suite.  

Dans l'environnement relativement ouvert de nos démocraties occidentales, la société civile offre bien des outils pour participer, depuis le club de pétanque jusqu'au syndicat de salariés. Mais il n'est pas de terreau plus fertile que les écoles ou les maisons de louange.

Les sociologues observent par exemple que des propositions de volontariat dès le secondaire ou à des niveaux plus élevés de l'enseignement général motivent l'engagement civique de l'adulte (…)
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Les écoles chrétiennes, serres de la démocratie

Cela suscite indubitablement une réflexion de la part des enseignants et administrateurs d’écoles chrétiennes. Que se passe-t-il lorsque l'école elle-même est confessionnelle ? Après tout, si l'école comme la religion ont toutes deux des effets bénéfiques, on peut penser que ces effets seront amplifiés lorsqu’ils sont combinés dans une école chrétienne. Toutefois, jusqu'à récemment, les sociologues n'ont accordé que peu d'intérêt à l'impact de l'école chrétienne sur la vie civique (…)

De façon générale, les écoles chrétiennes ont soit un effet bénéfique, soit un effet neutre sur leur impact dans la vie publique. Ce qui est plus difficile à déterminer, c’est pourquoi. Ce n'est pas SIMPLEMENT que les écoles chrétiennes attirent des élèves qui ont déjà de solides habitudes de citoyenneté, puisque toutes les informations recueillies ont trait à ce qui caractérise les bons citoyens, indépendamment des milieux scolaires, toutes couches sociales ou affinités confondues. Nous pouvons en tout cas assurer que la scolarité dans les écoles chrétiennes renforce les qualités déjà existantes de l'élève. Quelle en est la raison ?

La réponse n'est pas évidente. Voici deux possibilités expliquant l'impact du type d'école sur l'implication du bénévolat durant l'âge du jeune adulte :

  • l'une d'elles suggère que cela dépend des opportunités créées pour leurs élèves. Certaines écoles mettront davantage l'accent sur le bénévolat au sein de leur établissement, en encourageant leurs élèves par la suite à faire des expériences similaires à l'extérieur, ou en favorisant des réseaux d'étudiants qui développent une vision forte du bénévolat.
     
  • la seconde concerne les différentes capacités des établissements à motiver l'implication dans le bénévolat. Certaines écoles mettront davantage l'accent sur les orientations dans l'engagement public, formant leurs élèves dans ce sens, ou prodiguant un encouragement extrinsèque (par exemple, par un "bénévolat "de coopération) donnant à ceux-ci le loisir de faire leur propre expérience de bénévolat. Bien que toutes deux soit crédibles, ces données sont insuffisantes à concrétiser les effets du volontariat étudiant.
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Plaidoyer pour l'instruction civique dans les écoles chrétiennes

Nous pouvons dire que les écoles chrétiennes doivent cultiver la vision de l’engagement civique et qu’elle fait partie de leur mandat dans le monde. Alors que je considère  l'horizon éducatif, je vois de réels défis en ce sens.

Le premier d'entre eux est le plus élémentaire : les priorités sont mal placées quant aux objectifs de l'éducation. La plupart du temps, l’objectif premier est d’accéder à l’université et au marché du travail (...) C'est pourquoi, nos responsables n'évaluent pas de la même manière l'apprentissage des sciences, des mathématiques, de la technologie et de la littérature et celui de l'implication sociale. Franchement, c'est suggérer l’idée qu'être un employé productif est plus important que d'être un bon citoyen. Je propose que les chrétiens, qui sont "appelés" à s'engager dans le monde dans tous les domaines de la vie, doivent relever ce défi. 

Si nous acceptons que l'éducation citoyenne doive être prioritaire, il nous faut en déterminer les modalités. Là, nous avons un autre défi : la jeunesse voit l'engagement civique à court terme. Des études récentes ont montré que les jeunes d'aujourd'hui ne sont pas nécessairement moins engagés qu'autrefois, mais qu’ils le sont différemment. Par exemple, ils s'impliquent dans le domaine social, mais sans engagement gouvernemental. Enthousiastes dans leurs activités bénévoles, ils peinent à s'impliquer pour voter, adhérer à un parti, à une mutuelle, et à participer à la vie politique locale. Il semble que pour beaucoup de jeunes, le gouvernement ne nécessite pas leur engagement pour des actions visant le bien public (…)

La troisième raison pour renforcer l’enseignement civique dans nos écoles chrétiennes est le fossé que représente l'implication sociale de notre jeunesse (…) Bien que l’éducation civique ne puisse pas résoudre le problème de la pauvreté ou de l’analphabétisme dans les familles, elle peut favoriser un intérêt et une implication dans la vie politique. Les écoles chrétiennes ont un rôle à jouer dans l’équilibre politique et économique de leur pays. Elles ont des occasions idéales pour développer leur formidable potentiel pour un engagement fort dans la société.
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